Découvrir Hanoi autrement avec side-car

hanoi en side car

hanoi en side car

Découvrir Hanoi en side-car est un excellent moyen de pénétrer dans la vie authentique de la capitale, et je trouve que c’est beaucoup mieux que la visite en voiture classique. Sans parler de la balade authentique à travers des quartiers typiques, l’histoire de side-car lui-même est aussi intéressante car c’est un mode de vie des Hanoïens branchés.   Naguère, le side-car était exclusivement utilisé au sein des institutions d’Etat comme la police et l’armée. Et pourquoi un tel usage au Vietnam? Il faut remonter à la Seconde Guerre mondiale pour comprendre. Les side-cars faisaient partie de l’armée allemande et étaiement fabriqués par BMW. Suite à la défaite des nazis, les Soviétiques se sont appropriés le savoir-faire et ont installé des usines de side-car en Russie. M66, M67, Dnepr et Ural étaient les modèles les plus fabriqués et largement utilisés au sein du bloc soviétique. Dans les années 1970-1980, les side-cars étaient parmi les subventions que les Soviétiques offraient au Vietnam fraȋchement sorti de la guerre américaine.

side-car hanoi des années 1980

Toutes les unités étaient alors immatriculées auprès de l’armée et de la police parce que ces véhicules sont très efficaces lors des patrouilles en ville.  L’ère de la modernité a sonné en 1994, la fin de l’embargo américain. Les Vietnamiens passent du vélo à la mobilette, et les militaires passent du side-car à la voiture blindée. Les véhicules soviétiques n’ont plus d’utilité et partent au garage. Et hop, les  les Hanoïens passionnés de modèle vintage les ont récupérés et ont réussi à créer un Club d’amateur de side-car, fort de 100 membres. Donc c’est une association relativement élitiste étant donné que le coȗt d’un véhicule n’est pas donné à tout le monde (environ 20.000 USD pour un salaire mensuel de 200 USD au Vietnam). Grosso modo, le Club compte 46 side-cars. En plus, il faut souligner la difficulté de trouver un mécanicien apte à réparer les accessoires qui ne sont plus fabriquées.

Les propriétaires de side-car se rencontrent dans les cafés réservés au club donc il est difficile de croiser ce type de véhicule tous les jours. Suite à l’encouragement de l’association des guides francophones à Hanoi, ils acceptent de consacrer une demie-journée à accompagner les voyageurs pour faire un tour de la capitale. Et la balade en side-car est en service depuis 2014, une énorme chance pour ceux qui cherchent une découverte insolite d’Hanoi. Le point fort de cette vadrouille reste dans la mobilité du véhicule : on peut déambuler à travers des ruelles inaccessibles en voiture.

side-car quartier francais hanoi

Le circuit passe d’abord par le quartier français avec ses avenues ombragées en damier et l’Opéra. A la fin du 19ème siècle, Hanoi a subi une vaste campagne d’aménagement urbain selon le plan haussmannien. Le mal du pays a poussé les colons français à copier le mode de vie parisien au Vietnam. Ils ont installé le cinéma, les cafés, le théâtre, les jardins publics, les galeries, la Bourse et les bâtiments administratifs. Un bon nombre de bâtiments anciens subsistent encore aujourd’hui et c’est cette richesse architecturale qui fait le charme d’Hanoi.

side-car pont Long Bien

Hanoi signifie “la ville en deçà du fleuve”. C’est bien le fleuve Rouge qui rythme la vie hanoïenne avec ses digues et ses ponts. La première traversée du fleuve se fait via le Pont Chuong Duong, un exploit technologique pour le Vietnam des années 1980. En effet, c’est le premier pont entièrement conçu et réalisé par les ingénieurs vietnamiens dans le but de faciliter le déplacement des habitants entre les deux rives du fleuve. Le pont fut initialement conçu pour absorber 10.000 véhicules par jour mais avec la croissance trop rapide de la population hanoïenne, sa capacité est vite dépassée. Chaque jour, plus de 50.000 personnes en périphérie empruntent le passage pour aller au boulot au centre ville. Un tel flux humain entraȋne inévitablement les bouchons. C’est “moto-boulot-dodo” chez nous.

side-car pont chuong duong

La deuxième traversée se fait dans le sens inverse mais via le légendaire pont Long Bien, anciennement appelé Paul Doumer. Ce pont métallique fut construit à l’époque coloniale par l’entreprise de Gustave Eiffel donc son allure est relativement reconnaisable. Cette oeuvre est dans le but de lier le Nord et le Sud Vietnam via une voie ferroviaire. Cette ligne est encore en service aujourd’hui. Rien n’est changé depuis plus d’un siècle, la largeur du rail est la même (80cm) alors que la norme européenne est 1m20 aujourd’hui. Ce n’est pas étonnant que les trains ne roulent pas très vite, à 60km/h maximum. Le pont Long Bien est devenu un symbole de la persévérance et de la solidarité vietnamienne pendant la guerre américaine.  Tous les Hanoïens se souviennent d’une époque où l’artillerie anti-aérienne était installée sur le toit du pont pour abattre les avions bombardiers. L’ouvrage fut détruit à plusieurs reprises mais les Vietnamiens l’ont reconstruit à neuf dès le lendemain.

side-car carcasse B52

La campagne de bombardement en décembre 1972 est certainement l’événement le plus marquant pour la capitale. En espace de 12 jours,  10.000 tonnes de bombes furent largués et l’armée vietnamienne a abattu des milliers d’avions dont le B52. Il reste encore une carcasse de B52 en plein coeur d’Hanoi. C’est l’objet du prochain arrêt. L’équipe de side-cars avec les voyageurs continuent à pénétrer une Hanoi intime à la recherche du fameux B52. La carcasse se trouve sur le lac Ngoc Ha, situé dans un ancien village éponyme.

side-car quartier Ngoc Ha

A travers des ruelles tortueuses bordées de maisons délabrées, personne ne sait que Ngoc Ha était entièrement un village rural spécialisé dans l’horticulture. Hanoi des années 1970-1980 était encore une ville à taille modeste avec de nombreux villages aux alentours. Le village de Ngoc Ha, fort de 3000 âmes, était un endroit haut en couleur avec des vergers et des champs de fleurs à perte de vue.

side-car rue Doi Can

Malheursement avec la modernité et la population accrue, les jardins ont dȗ céder la place aux immeubles exigus. Le charme bucolique de Ngoc Ha n’est qu’une nostalgie aujourd’hui.

side-car marché Buoi

Plus chanceux que Ngoc Ha, le marché aux fleurs de Buoi a pu préserver une partie de sa tradition vieille de 2 siècles. Excentré par rapport au Vieux Quartier des 36 guildes, mais la rue de Hoang Hoa Tham représente parfaitement l’esprit commercial des Hanoïens : le regroupement de métier par rue. Dans une rue d’un kilomètre de longueur, tous les foyers vendent plus ou moins les mêmes types de marchandise : fleurs, plantes d’agrément, graines de fleur, aquariums, et poissons rouges. Tout cela pour assurer le bien-être dans l’espace de vie, en accord avec la loi du feng shui.

side-car vieux quartier hanoi

Voilà, en 4 heures, les side-cars nous emmènent vers pas mal de quartiers authentiques d’Hanoi, permettant d’avoir un aperçu global sur les différents visages de la capitale : Hanoi coloniale, Hanoi fluviale, Hanoi bucolique, et Hanoi tournée vers la modernité. Les quartiers mentionnés dans cet article ne sont que les exemples. On peut faire appel au service de side-car à tout moment, même à l’aube pour découvrir Hanoi matinale. L’itinéraire peut se modifier mais l’esprit reste le même : une réelle immersion dans la capitale intime.

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